Quote

Ecouter le désespoir et donner une lueur d’espoir …

 Chronique  de Victoria Douglas de Antiquis

« Mon Voisin » 17 août 2014

C’est un matin d’été du mois d’août 2014, où la saison semble déjà automnale en région parisienne.
Soudain un bruit léger de pas devant mon portail attire l’attention, mon chien ne manifeste aucune désapprobation, je sors immédiatement monter la garde à sa place, l’animal se repose comme un bienheureux dans mon canapé !

Un homme inconnu jusqu’alors m’aborde et engage la conversation sur les difficultés actuelles qu’il rencontre dans la vente de son bien immobilier, certes il est assisté de professionnels de l’immobilier comme de son notaire, mais en ce moment difficile où la crise n’empêche aucunement les acheteurs de partir en vacances, c’est là un drame pour lui, comme pour tant d’autres vendeurs en ce moment… Les contacts utiles se font très rares !

Je suis à l’écoute, et un peu stupéfaite de l’entendre juste après narrer l’ampleur de ses problèmes :

Patrice Mon Voisin, recherche désespérément un emploi, depuis près de quatre ans, technicien en électronique, il a subi un licenciement, et n’a plus rien pour vivre en ce moment à part le revenu minimum d’insertion RSA ; et comme un malheur n’arrive jamais seul, sa femme l’a quitté et a conservé la garde de leur fils Jean. Patrice m’exprime alors son malaise, car son ex épouse a refait sa vie dans un endroit privilégié par les touristes en bord de mer, loin d’ici.

Voilà que Patrice Mon Voisin, se confie encore plus avec l’expression d’un désespoir auquel je ne m’attendais pas ! Cet homme est « au bout du rouleau » et m’explique que son père vient de décéder d’une tumeur au cerveau. Sa famille proche ne fait pas l’effort de le comprendre, et devient hostile à toute aide morale ou matérielle le concernant…

En effet « je me sens un rebut de la société, indigne, je ne sais plus faire face à mes créanciers, et j’anticipe le pire qui pourrait se produire, si ma maison ne se vend pas ! Je suis très mal dans ma peau  et   je crains de faire une bêtise ! J’ai d’ailleurs tenté en vain de me pendre dans mon garage récemment » !

Ses propos que je ressens sincères me glacent. Je parle avec lui plus d’une heure et demie, sans m’inquiéter du temps qui passe, et lui communique mon ressenti de la situation … Je ne sais pas à cet instant si mes avis lui semblent utiles.

En effet je détecte en lui un profond mal être qui remonte à l’enfance et même à sa conception, puisque sa propre mère lui a avoué qu’il n’était pas un enfant désiré, mais que seul son père aujourd’hui décédé avait souhaité sa venue au monde. Le départ de son père a dû faire resurgir cette sensation de rejet et la disparition du seul soutien réel affectif qu’il ressentait dans la vie ! Tout cela potentialisé avec la rupture du couple, comme de la cellule familiale et le licenciement fait un cocktail détonnant !…

Le regard des autres ou plutôt de sa famille proche est pour lui un reproche constant « tu vas devenir S.D.F. (sans domicile fixe) », « tu n’es qu’un bon à rien » ! « Ton ex – femme, bien conseillée par son nouveau compagnon va obtenir facilement la garde exclusive de Jean » ! Encore plus charmant comme perspective !

Je lui enseigne alors ce qui me semble évident : que “Patrice est le pire juge pour lui-même”, et que ” plus il se sentirait inférieur ou plutôt marginal dans l’indignité, plus encore le jugement d’autrui serait négatif à son encontre et la situation ne ferait qu’empirer”.

Je le raisonne et tente de lui expliquer tout cela et par ailleurs je lui conseille de faire un travail sur lui. J’essaye également de le persuader « qu’il n’est pas le problème, ou plutôt qu’il ne faut pas qu’il s’identifie au problème qu’il rencontre actuellement » ! Ce qui bien sûr est loin d’être évident. (1)

Je parlemente avec cet homme de 55 ans, inconnu jusqu’alors, comme s’il était un proche en lui expliquant qu’il peut et doit se faire aider, ne serait-ce que pour se battre et conserver en vie le père de son fils Jean ; c’est important pour l’enfant d’avoir un père vivant et présent !

Le facteur de passage alors semble le connaître puisqu’il l’appelle par son prénom. Plus tard : le lendemain, le préposé de La Poste me confie que Patrice dans le passé était « un orgueilleux qui écrasait tout le monde », je lui ai dit illico presto que Patrice semble avoir beaucoup changé !

Patrice Mon Voisin termine notre longue conversation en plaisantant : « peut-être qu’un jour quand j’aurai tout perdu, je viendrai planter ma tente dans votre jardin » ! Bien décidée à l’aider, je propose de lui donner des adresses utiles,  les coordonnées de professionnels ou d’associations susceptibles de l’aider.

C’est une évidence, Patrice a une telle dévalorisation du moi, et une panique totale sur ce qu’il imagine être son avenir. Patrice a l’impression que sa famille souhaite le faire interner en hôpital psychiatrique et ne sait plus vraiment à « quels saints se vouer »…

J’avoue que la détresse de cet homme me touche profondément, et que j’ai appelé les services sociaux communaux qui ne semblent pas le connaître tant qu’il ne fait pas lui-même la démarche, même si Patrice m’a avoué “ne plus avoir de quoi se nourrir”…  C’est là que nous pouvons à nouveau dire que « les plus grandes douleurs ou les plus grandes détresses sont muettes » ! Habituée à prodiguer des conseils je me suis plongée dans l’action…

La seule indication reçue des services locaux d’action sociale est le centre médico-psychologique le plus proche, mon interlocutrice ne semblait pas du tout perturbée par la détresse de Patrice, plus obnubilée par ses facturations qu’impressionnée par l’urgence de la triste réalité humaine…  Il est vrai que l’ensemble des travailleurs sociaux sont transférés depuis peu dans une autre commune située à 20 km d’ici !  Vivre ensemble devient aussi un désert social en 2014.

Je crois avoir passé les vingt-quatre heures suivantes à réunir les services susceptibles d’aider Patrice dans ses démarches, j’ai collecté les adresses et numéros de téléphone des interlocuteurs locaux solidaires (organisations caritatives laïques ou religieuses) ou d’assistance psychologiques, ou aide au repositionnement des chômeurs… Je ne suis pas sure que Patrice va les utiliser tous, mais au moins dans ma liste, les bonnes volontés représentent la majorité…

J’ai fait de mon mieux, je crois, en ce qui concerne mes compétences : je n’ai fait qu’écouter le désespoir en donnant une lueur d’espoir, tout au moins je l’espère !

Cette chronique est malheureusement inspirée de faits réels, car seuls les prénoms sont fictifs afin de respecter l’anonymat.

Que peut-on faire dans de telles circonstances, sinon de rester impliqué face à la détresse humaine, même si « c’est une goutte d’eau dans l’océan » (2), c’est toujours une pierre à l’édifice de la reconstruction de l’humanité, sur un des principes français très républicain qu’est  « la fraternité » ?

C’est ici que mon ressenti est tristement en accord avec le discours du Pape François en l’île de Lampedusa, je cite : Dans ce monde de la globalisation, nous sommes tombés dans la globalisation de l’indifférence“…  

http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/direct-de-rome-visite-du-pape-francois-sur-l-ile-de-lampedusa-et-messe/00078173?utm_source=dlvr.it&utm_medium=facebook

« Les plus grandes douleurs ou les plus grandes détresses sont muettes » ! Les accidents de la vie, sont très durs psychologiquement à supporter par la personne qui les subis. Ces drames personnels sont de réels traumatismes, qu’il n’est pas simple de dépasser afin d’avoir les idées claires, combattre et surtout accepter de demander l’aide des services compétents. Ceci, dans l’hypothèse où ces derniers se dévouent à leur mission : d’être à l’écoute et/ou d’apporter des solutions…!

En effet, si Mon Voisin est arrivé à confier la profondeur de sa détresse à une parfaite inconnue, c’est certainement le résultat d’une incompréhension totale de son environnement, dû à l’éclatement de la cellule familiale, autant qu’à l’exclusion sociale générée par son licenciement.

Ce qui me semble encore plus curieux est également le rejet systématique des proches sur le plan familial; alors que dans une telle période de crise, due à un “accident de la vie”,  le soutien de l’entourage, quand il a le mérite d’exister, est primordial.

Certaines situations peuvent devenir infernales, comme Louis Donval (dont j’ai eu le plaisir de faire la connaissance au Salon du Livre) le relate dans “Crédit pour l’enfer”  d’Yvan Kermadec.

HORS SÉRIE
Les solidarités familiales. Stratégies pour s’en sortir  Diffusé le 19/08/2014 / Durée 70 mn  Colloque Lien social et solidarité familiale face à la précarité du 16 novembre 2013, présenté par le département de recherche Sociétés humaines et responsabilité éducative et de l’Observatoire de la modernité. Intervenants : Ana Perrin Heredia, chercheure au C.N.R.S. ; Elisabeth Michel, Maison des Familles de Grenoble

http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/hors-serie-les-solidarites-familiales.-strategies-pour-s-en-sortir/00080901?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

 (1) Je partage ici le lien avec la pensée de Neale Donald WALSH du 19 Août 2014

« Vous n’êtes pas votre “histoire” »….  « you are not your “story. »… :

http://www.conversations-avec-dieu.fr/2014/08/19/histoire-personnelle

(2) “Nous savons bien que ce que nous faisons n’est une goutte dans l’océan.   Mais si cette goutte n’était pas dans l’océan, elle manquerait.” Paroles de Mère Thérésa.

Chronique de Victoria Douglas de Antiquis

© Copyright Victoria Douglas de Antiquis
French Holistic Writer
17 Août 2014
 

Tous droits réservés image et textes – All rights reserved 2014

TWITTER

Advertisements